Bureau de Tabac et Vape, bon ménage ?

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tabac vs vape

On me demande souvent : « mais comment faites-vous pour vendre du tabac ? », « vous avez la conscience tranquille ? », « comment est-il possible de vendre poison et remède dans un même endroit », « je ne vais pas chez mon boulanger m’approvisionner en charcuterie » « demain, je spécialise mon vape shop en sex toys » (après tout pourquoi pas me direz-vous).

Alors, oui ou non ?

La réponse, qui pourrait, de prime abord, paraître simple, ne l’est pas. La première chose que je répondrais, avant même d’entrer dans le débat, est que je ne suis pas médecin. Je suis commerçant proposant notamment de la vape qui est un produit de consommation courante avec un très haut niveau de service. La terminologie des termes est extrêmement importante, le diable se cache dans les détails, surtout pour ce qui touche la vape. Il faut absolument être professionnel là-dessus, nous parlons bien de produits à réduction de risques et non de remède ou de vaccin. Sans quoi, l’industrie pharmaceutique se fera une joie de se jeter sur ce marché encore dit « libre » (je reviendrai sur ces guillemets dans un autre article). et d’en faire son exclusivité.

Le rôle du buraliste vis-à-vis du tabac

Le tabac est une drogue qui crée une addiction certaine qui, à termes, tue un consommateur sur deux. C’est énorme. Il ne s’agit pas de se voiler la face par rapport à cette réalité. Par contre, il est intéressant de réfléchir à notre position sociétale vis-à-vis de la vente de drogues douces, dures et les addictions en général (jeux de pari, etc…). Aujourd’hui, le rôle du buraliste dans la vente de tabac est la levée d’impôts afin (en théorie, après, je ne suis pas les petits papiers de l’Etat) de financer une partie des ravages dont le tabac est responsable (soins de santé, campagnes de prévention, etc…). Le positionnement sociétal et celui de l’Etat est le suivant : puisque les gens veulent consommer un produit nocif, autant se positionner dessus pour récupérer des taxes et jouer sur cela afin de diminuer le tabagisme et accompagner les gens qui en souffrent (cancer, etc…). D’où une politique de santé (je reviendrai sur sa stratégie dans un article futur, ici, ça n’est pas le sujet) qui vise à faire baisser le nombre de fumeurs via un paquet de cigarettes de plus en plus cher.

Les exemples du cannabis et de l’alcool

Parallèlement à ça, on a le cannabis, aujourd’hui, interdit. Bien entendu, il y a des consommateurs de cannabis même si sa commercialisation et sa culture sont interdites, pour autant, est-ce mieux que si le marché était régulé ? On a une augmentation de la criminalité pour en tirer les bénéfices juteux et aucune rentrée de taxes pour l’Etat et la collectivité qui subit ce marché noir. Certains Etats aux Etats-Unis ont fait le choix inverse en légalisant la commercialisation et la culture du cannabis comme la Californie. A priori, ceux qui ont fait le choix de la dépénalisation ne sont pas prêts de faire machine arrière. La levée de taxes et la création d’emplois qui y sont associées n’y sont pas étrangers.

On peut aussi prendre comme exemple la période de la Prohibition d’alcool aux Etats-Unis qui a vu l’émergence d’Al Capone : création de chômages des gérants de brasseries, moins de taxes dans les caisses de l’Etat, mise en place du crime organisé.

Le choix qui a été fait sur le tabac est de contrôler sa distribution même si elle n’est plus tout à fait maîtrisée aujourd’hui avec une énorme hausse du marché parallèle depuis 2003 (qui n’a jamais rapporté une cartouche de cigarettes de l’étranger pour soi ou un ami ?) avec les mêmes effets que la Prohibition aux USA : criminalité dans certains quartiers (Barbès à Paris pour n’en citer qu’un), création de chômage de masse (8 000 fermetures de bureaux de tabac en 15 ans avec tous les emplois qui y étaient associés) et moins de rentrées de taxes. Je pense qu’au lieu de monter les prix, il aurait fallu des vrais campagnes anti-tabac à la manière de l’Allemagne qui vise en priorité les femmes et les jeunes qui sont les nouveaux publics qui entrent dans le tabagisme avec un vrai poids politique derrière la vape à la manière du Royaume-Uni (alors qu’actuellement, on préfère ignorer cette alternative moins risquée, on ne parle que de patchs et autres gums nicotinés (l’industrie pharmaceutique doit se frotter les mains)).

Bill Clinton, après ses deux mandats, remettait sérieusement en question sa politique contre les drogues : il avait investi des milliards pour finalement peu de résultats. Il sous-entendrait une éventuelle légalisation de certains marchés pour pouvoir les contrôler et les taxer (source Huffington Post). Lorsque la Prohibition de l’alcool a été levée, ça a aussi signé la fin du réseau mafieux qui s’était spécialisé dedans.

Au final, problème de conscience ou pas ?

Pour conclure, non, je n’ai pas de problème de conscience de vendre du tabac parce que j’estime que personne d’autre ne pourra être aussi responsable dans la collecte de cet impôt que moi sur mon point de vente. J’incite même les clients à prendre moins de paquets lorsqu’ils m’en prennent plusieurs. Je demande toujours une pièce d’identité en cas de doute sur la majorité des jeunes afin de mettre plus d’obstacles dans l’accession du tabac. J’affiche aussi une des plus fortes baisse de tabac de France depuis le début de l’année 2018 (je suis placé au centre de Paris). Je doute qu’un magasin spécialisé placé en face de moi aurait eu des résultats aussi spectaculaires sur la prévalence tabagique. Ma carotte, aujourd’hui, est le meilleur moyen de prévention tabagique qui existe devant n’importe quel autre structure physique.

Par ailleurs, n’aurait-on pas plus de chance de faire sortir les gens du tabac avec des commerces bien achalandés suivis de conseils personnalisés, buralistes ou non ? Si mon bureau de tabac est clairement tourné vers le vapotage, j’obtiens donc un nombre d’impressions (des vues) du vapotage par jour équivalent au nombre de fumeurs qui franchissent le pas de ma porte.

 

Zed Le buraliste

Zed Le Buraliste est le gérant de la boutique Vape du Palais qui vend aussi du tabac situé au 5 boulevard du Palais. Il vous accueille du lundi au vendredi de 7h30 à 20h et les week-ends et jours fériés de 10h à 20h 364 jours an (fermeture le jour de Noël).

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