La Nicotine : cette molécule qui traîne une mauvaise réputation

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Nicotine Zed le Buraliste
En me spécialisant dans la vape, j’ai vite remarqué que la nicotine est une drogue méconnue à laquelle on attribue tous les maux de la cigarette. Mais quand est-il en réalité ? Qui n’a jamais eu un client qui souhaite baisser très rapidement son taux de nicotine ?

 

La principale voie de consommation de la nicotine est avec la cigarette. Pour cette raison, la mauvaise publicité entourant le tabac s’est vite associée à la nicotine dans l’inconscient collectif. Combien de fois j’ai eu des clients qui veulent absolument le plus bas taux de nicotine pour pouvoir « arrêter complètement ». A chaque fois, je passe au moins un bon quart d’heure sur la question (quand vous aurez lu l’article, le quart d’heure pourra vous sembler court pour caser toute la somme d’information) pour expliquer les travaux réalisés par différents de nos spécialistes français comme le Pr Le Houezec ou le Docteur Lowenstein qui attribuent la majeure partie des méfaits du tabac (goudron, monoxyde de carbone, etc…) à la combustion de celui-ci et non à la nicotine.

Si la nicotine n’était pas délivrée par la manière la plus néfaste pour la santé, il serait intéressant de s’interroger si la population et les médias y prêteraient autant attention. Après tout, selon Forbes, la nicotine ne serait qu’un stimulant léger aux risques mineures pour une personne en bonne santé : la nicotine améliore l’attention et les réponses face aux stimuli visuels.

En outre, nos récepteurs nicotiniques interagissent avec d’autres éléments de notre cerveau. Un fumeur nerveux peut être relaxée grâce à la nicotine et au contraire, un fumeur qui manque de tonus peut avoir un surcroît d’attention grâce à celle-ci.

Toujours selon Forbes, lorsque la nicotine se fixe sur ses récepteurs, le cerveau envoie un signal pour libérer de la dopamine qui entre en jeu dans l’attention, la suppression de l’appétit et le système moteur. Ce dernier point a été étudié chez les primates atteints de la maladie de Parkinson qui ont vue une amélioration de leur condition après avoir été exposés à de la dopamine. Chez les humains, de nombreuses études épidémiologiques (cf l’étude de American Journal of Epidemioly) ont noté un risque plus faible d’occurrence de la maladie de Parkinson chez une population âgée de fumeurs par rapport à une population âgée non fumeuse (il va de soi que les risques cardiaques et respiratoires sont infiniment plus élevés chez les fumeurs).

A l’opposé, il n’y a plus aucun débat sur les dangers de fumer. Reconnu assez largement comme la première cause de mortalité évitable dans les pays développés, fumer affecte le développement du fœtus et cause la mort d’un consommateur sur deux. C’est malheureusement à ça que la nicotine est associée.

Ainsi, selon les spécialiste, la nicotine n’a que peu, voire aucun rapport avec les cancers et les problèmes respiratoires constatés chez les fumeurs. En réalité, c’est bien la combustion qui crée des milliers de composants néfastes qui en sont coupables.

 

D’où vient la nicotine ?

plante de tabac zed le buraliste

La nicotine est un alcaloïde qu’on retrouve dans de nombreuses plantes de la famille des Solanacées dont les tomates, les aubergines, les patates et la plante de tabac entre autres. Cependant, seule des variétés de plantes de tabac contiennent des concentrations suffisamment élevées de nicotine pouvant avoir des effets sur le consommateur final. Ainsi manger des quantités astronomiques de tomates pour ressentir un effet de la nicotine est quasiment impossible.

La nicotine qu’on trouve aujourd’hui dans l’industrie provient principalement de deux variétés :
Nicotiana tabacum d’où provient la nicotine qu’on retrouve dans l’industrie du tabac. Ce n’est pas la variété la plus riche en nicotine, mais son goût pour fumer ou mâcher serait plus appréciable, d’où son utilisation massive
Nicotiana rustica qui offre un fort taux de nicotine. Les patchs, chewing gum et e-liquides utilisent la nicotine extraite de la Rustica où les cultures abondent en Chine et en Inde.

Il existe aussi de la nicotine synthétique, son utilisation (sa législation peut poser des soucis dans certains pays) est encore marginale par rapport à celle provenant de la flore.

L’importance du moyen d’absorption de la nicotine

Selon Therapeutics Initiative, « la nicotine est un puissant agent chimique qui offre aux fumeurs plaisir et récompense, une meilleure attention, suppression de l’appétit, relaxe, améliore l’humeur et soulage l’effet de manque liée à la nicotine ».

Les moyens de diffusion de la nicotine vont varier grandement leurs effets, ce qui influe aussi son pouvoir addictif. Fumer crée un pic nicotinique rapide, en seulement 7 secondes, la nicotine contenue dans la cigarette monte au cerveau déclenchant alors tout une chaîne de réactions dont la satisfaction et la récompense.

En général, la grande majorité des fumeurs savent gérer la concentration de nicotine dans leur sang. S’il y a un effet de manque, ils en fument une, s’il y en a trop, ils s’arrêtent le temps que les effets indésirables se dissipent tel que la tête qui tourne. En fumant, et même en vapotant, le risque d’overdose de nicotine est plutôt faible. On ressent les effets indésirables assez tôt. Le professeur Bernd Mayer parle d’une LD50 (dose mortelle pour 50% des personnes exposées) entre 500 et 1 000 mg. On parle bien d’une dose unitaire parce que le corps humain utilise cette nicotine assez vite et fait baisser le taux nicotinique dans le sang.

De fait, le principal danger que je vois est de laisser un flacon contenant une forte concentration à portée de mains des enfants qui pourraient ingérer le liquide d’un coup, surtout que s’agissant d’enfants, la dose mortelle est plus basse. Heureusement qu’aujourd’hui tous les flacons sont équipés d’ouverture avec la protection enfant dessus. Cela dit, ça appelle à la vigilance de l’utilisateur : bien ranger son matériel.

 

Quid de l’addiction liée à la nicotine ?

La question nicotinique n’est recherchée indépendamment du tabac depuis peu seulement. La vape et les traitements de substitution nicotiniques (NRT pour Nicotine Replacement Therapies) ont aussi eu le mérite de relancer ce débat où les conclusions sur la nicotine et fumer ont été intimement liées qu’il en est devenu difficile de délier le tout dans l’inconscient collectif.

Après quelques décennies d’utilisation de la nicotine dans les NRT, la FDA (Food and Drug Administration, l’équivalent de notre ANSM) affirme au terme de ses recherches menées sur le sujet : « bien que tout produit contenant de la nicotine est potentiellement addictif, des décennies de recherches et d’utilisation de produits NRT (substituts nicotiniques) vendus au comptoir en vente libre ont tendance à montrer qu’il n’y a pas de potentiel significatif d’abus (ndlr d’utilisation, risque d’overdose) ou de dépendance ». Des conclusions qui datent de 2013 déjà pour lever la limitation d’utilisation des patchs et autres gums de 12 semaines aux Etats-Unis.

Le Dr. Paul Newhouse, chercheur spécialisée dans la nicotine à l’Université de Vanderbilt abonde dans ce sens : « les gens ne fumeront pas sans la nicotine dans la cigarette, mais ils ne prendront pas la nicotine de manière isolée non plus. C’est pour cela que la FDA a autorisé la vente de produits nicotiniques au comptoir en vente libre. Personne n’adhère parce que ça n’est pas plaisant ».
En 1976, Michael Russel, un des pionniers de la recherche de la réduction des risques tabagiques écrivait déjà « People smoke for nicotine but they die from the tar » (« Les gens fument pour la nicotine mais meurent du goudron »)

Cependant, le mode de délivrance de la nicotine contenu dans la cigarette est une efficacité telle : rapide et intense à la fois que cela crée une réponse quasi instantanée du cerveau qui est la récompense, regardez un fumeur tirer sa première bouffée, on assiste réellement à un effet de délivrance et de satisfaction qui se lit sur le visage. D’autre part, la présence de IMAO dans la cigarette renforce ce côté addictif en ralentissant la dégradation de la dopamine et donc soutenant l’effet addictif de la nicotine. La cigarette est juste le moyen ultime de délivrance de la nicotine, c’est ça qui la rend ultra addictive et rendant son arrêt si difficile même avec les NRT.

Certes, la nicotine a des effets négatifs : tête qui tourne, mal de crâne, anxiété, tachycardie, nausée, sueurs froides mais rien qui s’approche du niveau de toxicité de l’action de fumer. Mais Il est dommage que la nicotine ait été, et continue d’être, liée seulement à la cigarette. Aujourd’hui, on commence à voir des études qui ont pour but de voir plus loin et de voir les potentiels effets bénéfiques de la nicotine dans le traitement de certaines maladies. Le Pr Mayer affirme d’ailleurs : « Il y a des éléments probants prouvant que la stimulation des récepteurs nicotiniques dans le cerveau jouent un rôle dans les performances cognitives, l’attention et la mémoire. De ce fait, la synthèse d’agonistes de ces récepteurs est potentiellement intéressante dans la lutte contre les troubles cognitifs et la maladie d’Alzheimer ».

Concernant la vape, la nicotine est un allié de taille et non un ennemi. Elle permet de tenir éloigné la cigarette en coupant l’effet de manque, ce qui est le plus important. De plus, en conservant, non seulement le geste, mais aussi un certain plaisir à vaper, ça en devient le moyen préféré dans le monde pour se diriger vers la réduction des risques tabagiques. Après tant de décennies où on allait dans le mur parce que la cigarette, via son mode de délivrance surboostée de la nicotine et son côté « cool » et « tendance » (cf. placement de produits dans le cinéma) ne permettait pas de lui opposer une réelle solution, enfin on tient un moyen qui permet de répondre sur tous les points. Ce qui a été, un temps, les armes exclusives et les plus fortes de l’addiction tabagique sont devenues ses points faibles les plus criants face à la vape.

Bien sûr que la nicotine peut être nocive, j’ai cité quelques symptômes néfastes, mais réellement, si c’est le seul élément importé de la cigarette dans la vape, ne s’en sort-on pas de la meilleure des manières ? C’est pourquoi la Santé Publique Anglaise parle de 95% de réduction de risques et n’hésite pas à recommander la vape dans ses campagnes anti-tabac.

 

PS : les sources sont en Anglais parce qu’elles sont bien plus fournies dans la langue de Shakespeare.

Sources : 1, 2

 
Zed Le buraliste

Zed Le Buraliste est le gérant de la boutique Vape du Palais situé au 5 boulevard du Palais. Il vous accueille du lundi au vendredi de 7h30 à 20h et les week-ends et jours fériés de 10h à 20h 364 jours an (fermeture le jour de Noël).

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