Sel de Nicotine : tout ce qu’il savoir dessus

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Nicotine Salts
Voilà quelques temps que je m’intéresse fortement au sel de nicotine. J’ai pu tout lire, idées pré-conçues, conseils d’utilisations à certains matériels. Dans cet article qui m’a pris de longues heures et de longues journées de recherche, je vous présente la synthèse de mon travail en répondant de la manière la plus complète possible sur l’ensemble des questions entourant le sel de nicotine : efficacité, recommandations d’utilisation et les controverses entourant le sujet.

 

D’abord, un petit « disclaimer », je ne suis pas chercheur (mon plus haut diplôme est un bac S) et je peux faire certains raccourcis en termes de raisonnement scientifique. Mes recherches et mes conclusions valent ce qu’elles valent, mais vous pouvez y suivre tout le cheminement de mon raisonnement. Je ne suis qu’un commerçant qui essaie de comprendre un peu mieux les nouvelles technologies qui s’offrent à nous pour mieux conseiller le client parce que le consommateur (fumeur ou ex fumeur) doit être au centre de tous ces sujets. Cela étant dit, je vous citerai (quand cela m’est permis, certaines sources ont voulu rester anonymes) mes sources, comme d’habitude en somme.

 

Qu’est-ce que le sel de nicotine ?

Vulgairement, un sel est un composé chimique composé d’ions positifs (c’est un acide dans le cas de la nicotine) et négatifs (c’est une base dans le cas de la nicotine), le tout formant une molécule à charge nulle. Le plus connu des sels est bien sûr notre sel de table, le chlorure de sodium NaCl.

La nicotine se comporte comme une base faible (pka = 8.5) en milieu aqueux ou sanguin (ph autour de 7.4). La nicotine contenue dans les feuilles de tabac est sous forme de sel mono ou diprotonnée (elle peut céder un ou deux atomes H+ d’hydrogène). Selon le Pr Le Houezec, le tabac blond produit une fumée plus acide rendant l’inhalation plus facile et plus profonde que le tabac brun qui présente une fumée plus alcaline. Ceci est dû à leur principe de séchage.

Une fumée alcaline provoque un effet de « hit » nettement plus sensible et dans un milieu alcalin, la nicotine est facilement absorbable par les muqueuses de la bouche et de la gorge. Le tabac blond passe mieux en gorge car présentant un ph acide et libère la nicotine dite « déprotonnée » (appelons cette forme de nicotine purifiée) au niveau des alvéoles pulmonaires où la surface d’échange est bien plus grande, provoquant un pic nicotinique quasi instantanée : intense et rapide. Ce sont des facteurs clefs dans l’addiction à la cigarette, j’en parlais dans un précédent article dédié à la nicotine. Le sang étant une solution tampon, elle va se charger de redonner la forme purifiée à la nicotine afin de traverser facilement la membrane cellulaire.

Cette différence d’absorption (muqueuses vs alvéoles pulmonaires) entraîne des différences de prévalence des cancers : plus de cancers du poumon avec les blondes et plus de cancers de la gorge ou des trachées pulmonaires. Le Pr Le Houezec en parle dans l’article cité, je me suis également reposé sur une revue faite par le chercheur Benhamou et le médecin Sancho-Garnier.

Nicotine déprotonnée, acide, base, ph, qu’est-ce que tu nous racontes Zed ? Suivez-moi juste un petit moment, tout va devenir plus clair avant d’aborder la suite. Mais il est essentiel de comprendre ces premiers éléments de langage pour aborder le sel de nicotine. J’ai moi-même bloqué à certaines étapes d’un point de vue intellectuel, je suis retourné à mes bases de chimie, j’ai repris une feuille et un papier et j’ai tout posé pour bien comprendre ce qu’il se passe.

Je reviens un tout peu en arrière où je vous parlais de la forme naturelle de la nicotine extraite des feuilles de tabac sous formes de sel. Comme vous le savez le tabac blond produit une fumée acide où le sel de nicotine se présente essentiellement sous forme ionisée (avec des charges positives dues aux protons). Sous cette forme, la nicotine protonnée, avec une charge électrique traverse difficilement la membrane des cellules.

Vers la fin des année 50, début des années 60, la société Philip Morris commença à associer du phosphate de diammonium (DAP en abrégé) au sel de nicotine « naturel » pour le déprotonner, autrement dit, pour lui arracher ses atomes d’hydrogène H+ le rendant ainsi purifiée. Cette forme purifiée dépourvue de charge électrique traverse facilement les membranes cellulaires pour monter au cerveau plus facilement et en étant massivement absorbé au niveau des poumons grâce au tabac blond. Il paraît évident aujourd’hui que cela avait donné un avantage compétitif énorme à la société américaine qui lui a permis d’imposer une marque célèbre vendue dans le monde entier (il y a vaguement un cow boy impliqué dedans).

En gros :
– nicotine en milieu alcalin, échanges au niveau des muqueuses de la bouche et de la trachée => absorption moins rapide
– nicotine purifiée en milieu acide => combo ultime de l’absorption nicotinique rendant la nicotine davantage biodisponible (plus grande disponibilité pour l’organisme via une nouvelle forme chimique) et en plus grande quantité

 

Si la nicotine purifiée est bien plus efficace que le sel de nicotine, pourquoi en vient-on à vouloir vaper du sel de nicotine ?

Vous comprenez mieux pourquoi je parle de blocages aussi lorsque j’étais en pleines recherches ? La nicotine se comporte comme une base faible en milieu aqueux ou sanguin. Mélangé avec du PG/VG, ça donne quelque chose d’alcalin, produisant alors ce fameux « hit », à la manière (dans une moindre mesure) du tabac brun. Trop souvent, ce hit devient peu supportable alors que le fumeur a besoin de nicotine. D’où, aussi, je suppose, une bonne partie de fumeurs vapoteurs. Faute de pouvoir y trouver une sensation de satiété nicotinique, je suppose qu’ils reviennent (pas seulement pour ça, l’acte de fumer va bien au-de-là des considérations chimiques et les facteurs psychologiques sont énormes) à la cigarette. Un des succès de la Juul, c’est d’avoir pu combiner des pods de 50 mg/ml (la limite européenne de 20 mg/ml est ridicule et contre productive) à la vape pour se rapprocher le plus possible de l’effet de la cigarette sans la combustion et tous les effets nocifs associés.

Le sel de nicotine tel qu’on le connaît actuellement n’est pas celui extrait directement des feuilles de tabac. Non, il est issu du « retro-engineering », c’est-à-dire qu’on est remonté à une forme de sel à partir de la nicotine purifiée. Pour cela, on a associé un acide à la nicotine purifiée. L’acide le plus utilisé est l’acide benzoïque dans ce cas, c’est ce que PAX (société mère de JUUL) utilise et selon leurs recherches (à prendre avec des pincettes cela dit, possible conflit d’intérêts), on se rapprocherait du pic nicotinique des cigarettes. Je vous mets leur graphique ci-dessous.

PAX Nic Salt Zed

D’autres acides peuvent être utilisés, comme l’acide lactique que la société French Liquide utilise dans sa gamme e-vapor, cet acide est moins sujette à controverse que l’acide benzoïque. Cela étant dit, très peu de recherches poussées ont été effectuées sur l’acide benzoïque et l’article que je vous cite est un démontage en bonne et due forme du Dr Farsalinos d’une étude mal menée autour de la Juul qui produirait des niveaux de benzène dangereux pour la santé.

L’acide lactique, lui de son côté, est endogène, il est produit de manière permanente et constante dans le corps qui le maintient à un niveau faible sauf en cas d’effort intense (pour avoir fait et préparé l’Ironman, j’en ai produit de l’acide lactique). J’ai tendance à conseiller et favoriser les sels de nicotine avec de l’acide lactique tout en précisant qu’aucune recherche ou étude indique que ce serait moins nocif que l’acide benzoïque.

Dans la première partie de l’article, je précisais que le sang est un milieu tamponné. En clair, si on ajoute des éléments acides, le corps va compenser en éléments basiques pour maintenir le pH stable autour de 7,4 pour des raisons physiologiques essentielles. Lorsque le sel de nicotine artificiel rentre dans la circulation systémique, ce dernier est à nouveau décomposé lorsque l’acide ajouté est neutralisé pour retrouver la nicotine purifiée qui pénètre alors facilement dans les cellules.

L’industrie de la vape a simplement reproduit ce qui s’était fait dans celui du tabac, mais cette fois-ci pour le bénéfice du vapoteur au détriment du tabac. Le sel de nicotine, via l’adjonction d’un acide abaisse le pH de la vape qui se voit inhalée plus profondément et profite de la surface d’échange beaucoup plus large des alvéoles pulmonaires pour pénétrer le sang et se remettre sous forme de purifiée via notre physiologie pour mieux pénétrer les cellules.

 

Le sel de nicotine, plus biodisponible que la nicotine purifiée ?

Non, mais en quelque soit oui. Oui, ça m’a cassé la tête aussi pendant l’écriture de cet article (environ 50-70 onglets ouverts en permanence dans mon navigateur) où j’ai tenté d’aller au fond des choses pour les comprendre et mieux les expliquer.

On peut parler de meilleure biodisponibilité de la nicotine purifiée par rapport au sel de nicotine naturel, mais pas pour le sel de nicotine artificiel. En effet, celui-ci ne se contente « que » d’abaisser le pH pour être absorbé au niveau des poumons et se retrouver à nouveau sous forme purifiée, donc la même forme chimique au final que les liquides nicotinés traditionnels. On a changé le mode et le lieu d’absorption. Des muqueuses de la bouche et de la trachée, on est passé aux poumons pour une diffusion plus rapide et plus large de la nicotine. Ce qui rendrait le sel de nicotine plus efficace. C’est pour ça qu’on peut lire, par abus de langage, sur Internet, que le sel de nicotine est davantage biodisponible.

 

Oui, bon, le sel de nicotine, ça a l’air bien, mais à qui s’adresse-t-il ?

A TOUT LE MONDE. Oui, vous avez bien lu. Je suis un des premiers à l’écrire. Dans mon commerce, je recommande à tous les vapoteurs de tester le sel de nicotine (je commercialise celui contenant de l’acide lactique), même ceux qui vapent à 50W et plus sur dripper, sur mesh coil ou mods méca à 3 mg/ml.

Partout sur Internet, et c’est aussi le cas pour un certain nombre de sources que je cite, on va lire « appareil à faible wattage, MTL », on peut aussi y lire « résistance au-dessus de 1 ohm autour de 10 – 12 W ». Dans mes recherches, je n’ai trouvé aucune contre indication scientifique sur un plus haut wattage pour l’utilisation du sel de nicotine. On peut parfois y lire « une dégradation de la molécule à haut wattage ». Oui, c’est possible, mais pas plus que la nicotine purifiée dont le sel de nicotine artificiel est issu. Sur un plan chimique (organique, je me suis remis à faire des croquis), je ne voyais pas en quoi on ne pouvait pas vaper du sel de nicotine dans les mêmes conditions que la nicotine purifiée.

Mieux encore, le YouTubeur canadien Dash Vapes a testé sur ses appareils reconstructibles du sel de nicotine à 5 mg/ml au lieu des liquides à 3 mg/ml en nicotine purifiée. Il constate une satiété nicotinique plus rapide (et pour cause, il vape avec une plus haute concentration), autrement dit, le sel de nicotine ne serait pas dégradé, du moins pas plus dégradé que la nicotine purifiée dans son dripper.

De mon côté, durant l’été, j’ai fait tester à 2 (oui, échantillon limité) de mes clients vapoteurs qui étaient sur du 3 mg/ml du 10 mg/ml sur leur melo 4 aux environ de 30 W. Résultat ? Ils ont consommé moins de liquide, parce qu’ils ont senti avoir leur dose plus rapidement. L’un deux s’est tout de même plaint d’un hit un poil trop fort et alterne entre les deux formes de nicotine. J’aurais aimé avoir du 6 ou 8 mg/ml (hors DIY).

Parallèlement à ça, j’ai fait passer une bonne partie des serveurs et serveuses des brasseries alentours au sel de nicotine et à un système à pod, la plupart en 20 mg/ml. Pour l’instant avec une bonne efficacité (conversion plus grande vers la vape à 100%) parce que je suppose que j’arrive à satisfaire leur demande nicotinique plus efficacement. Cela m’a aussi procuré une grande satisfaction de pouvoir enfin proposer des taux « élevés » (relativement, on est limité à 20 mg/ml en Europe) à mes primos vapoteurs. Ca me rongeait de l’intérieur de ne pouvoir proposer que du 3 ou 6 mg/ml à certains d’entre eux car ils ne supportaient pas le hit de la nicotine purifiée.

Cependant, on voit aussi des fabricants conseiller le sel de nicotine sur des petits appareils MTL exclusivement. Ma théorie (et pas seulement en réalité, mais je ne peux pas citer toutes mes sources), c’est qu’aujourd’hui en France, seuls de forts taux (à partir de 10 mg/ml) sont produits en sel de nicotine, donc on privilégie les petits appareils pour ne pas avoir un hit trop important. Certes, le hit est atténué par rapport à la nicotine purifiée, mais pas inexistant. Mais pour quelqu’un qui vape sur dripper du 3 mg/ml, je n’aurai aucun mal à lui recommander du sel de nicotine en 5 ou 6 mg/ml voire plus s’il supporte le hit.

 

En résumé, le sel de nicotine :
– moins de hit : c’est un plus quand on veut monter en taux de nicotine. Cela dit, le hit est parfois recherché et certaines personnes préféreront rester sur de la nicotine purifiée, et grand bien leur fasse, la vape doit être quelque chose de personnalisée à chaque individu
– une saveur plus proche de ce que le fabricant a cherché à produire : un hit moins fort permet d’avoir une sensation gustative plus proche du liquide pur. Encore une fois, certains préféreront le liquide avec de la nicotine purifiée
– DLUO théoriquement plus longue : le sel de nicotine est un composé plus stable que la nicotine et donc s’oxyderait moins vite que la nicotine purifiée permettant de garder les qualités gustatives des liquides plus longtemps
moins de liquide consommé : gros avantage pour le consommateur. Le sel de nicotine permet d’atteindre une satiété nicotinique plus rapidement et de facto, fait moins vapoter. Si cela pourrait gêner certains dans l’industrie, je n’ai aucun mal à l’écrire, à le publier et encore moins à le conseiller. La vape doit être inscrite dans un mouvement de totale transparence aux antipodes de ce que l’industrie du tabac a fait et continue de faire (cf. dernier scandale sur les filtres perforés) où le fumeur ou l’ex-fumeur doit constamment être mis au centre des attentions. Oui, le sel de nicotine va me rapporter moins que la nicotine purifiée, mais si c’est au bénéfice de l’expérience client, il n’y aura aucun doute dans mon esprit de le conseiller plutôt que la nicotine purifiée. A ce titre, j’espère voir dans un avenir proche plus de liquide en sel de nicotine dans des taux différents. On peut d’ores et déjà trouver des boosters de sel de nicotine pour ses DIY avec son taux souhaité. Cela dit, soyons franc, le DIY ne concerne pas la grande majorité des vapoteurs.

PS : Durant mes recherches, j’ai pu être en contact avec des labos français sur leurs recherches à propos du sel de nicotine. Cependant, pour des raisons qui leur sont propres (secret industriel, etc…), ces sources ont préféré rester anonymes.
PPS : beaucoup d’éléments techniques ont été introduits dans l’article, j’ai fait du mieux que j’ai pu pour vulgariser au maxiumum le contenu, j’espère que l’ensemble restera digeste et lisible pour tous.
PPPS : Merci à Michel Argouët d’être passé me voir. On a pu échanger notamment sur le sel de nicotine en vu de l’élaboration de cette article.

Sources : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 11, 12, 13, 14,
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Zed Le buraliste

Zed Le Buraliste est le gérant de la boutique Vape du Palais situé au 5 boulevard du Palais. Il vous accueille du lundi au vendredi de 7h30 à 20h et les week-ends et jours fériés de 10h à 20h 364 jours an (fermeture le jour de Noël).

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