Récap du THR Summit Spain (Sommet de la Réduction des Risques en Espagne à Barcelone)

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IMG_0697Dernier panel de la journée du Tobacco Harm Reduction (THR) Summit Spain (Sommet de la Réduction des Risques Tabagiques en Espagne). De gauche à droite assis : le Pr Riccardo Polosa, la Pr Linda Bauld, le tabacologue Jacques Le Houezec et Louise Ross.

Quand j’ai vu l’événement être présenté sur Facebook, je n’ai pas hésité une seule seconde pour réserver ma place et booker mon billet d’avion.

En effet, ça fait plusieurs mois que je suis tous ces chercheurs renommés à la pointe de la recherche sur la réduction des risques tabagiques. Ca a été un grand honneur (et le mot est faible) et un réel plaisir (et le mot est encore plus faible là) pour moi de pouvoir les rencontrer et de pouvoir discuteur de leurs recherches et études que j’ai déjà pu de nombreuses fois citer dans mes articles précédents. Ca m’a permis d’ouvrir encore un peu plus mes horizons sur ce qu’est la réduction des risques tabagiques bien au-delà de nos frontières, de la chance qu’on peut avoir en France de pouvoir développer le marché davantage dans un contexte plutôt favorable (du moins pas défavorable, surtout quand on voit ce qui se passe dans certains pays).

Si bien sûr je connaissais déjà une bonne partie des études présentées, j’y ai aussi appris un bon nombre de nouvelles choses. Dans le même temps, discuter avec les scientifiques m’a permis également de découvrir leur manière de pensée (« thought process »). J’y ai découvert une grande humilité, une remise en questions perpétuelle de leur part et la manière dont ils approchent la réduction des risques tabagiques.

 

Au rayon des choses qui m’ont marqué :

1) Pr Gerry Stimson
Un des fondateurs de la réduction des risques des médicaments et des drogues. Il s’était lancé dans cette bataille au Royaume-Uni en réponse au SIDA/VIH. C’est intéressant de voir les parallèles entre les 2 démarches de réduction des risques. Les bénéfices pour la population à chaque fois sont considérables.

2) Louise Ross
Formidable démarche. Elle a dirigé le Leicester City Stop Smoking (Arrêt de fumer à Leicester), elle raconte comment, notamment, elle a pu mettre en place des programmes tournés vers les plus modestes pour leur permettre un passage vers la vape. Elle raconte aussi avoir eu des difficultés à communiquer parfois autour de la vape en raison des lois mises en place.

3) Dr Konstantinos E. Farsalinos
Son travail concernant la recherche de la vérité en travaillant à défaire les mauvaises études ou les titres racoleurs dans la presse qui sont ravageurs est remarquable. Un de ses articles que j’avais relevés dans mon billet :les 10 vérités sur la vape à rétablir, démontait de manière rigoureuse, scientifique et logique l’étude très controversée « formaldehyde letter » de la Portland State University.

Durant son intervention, j’apprenais qu’une suite d’articles assassines sur le (faux) rôle de la vape (plus spécifiquement, la glycérine qui fait parti de la famille des alcools en chimie et n’est pas un lipide) dans la pneumonie lipidique. Cet épisode hautement malheureux a quasiment tué le marché de la vape en Espagne en 2014 alors qu’il était grandissant et en expansion. C’est vous dire à quel point, nous devons nous battre tous les jours dans nos points de vente pour informer de la bonne manière nos clients face à la désinformation perpétuelle propagée par une partie des médias, mais pas seulement.

4) Pr Bernd Mayer
On a pu discuter sur le fait que la limite de 20 mg/ml est complètement ridicule est infondée. Surtout, j’ai pu aussi discuter longuement avec lui après les conférences, je l’ai adoré ! Il me racontait comment il avait fait ses recherches sur la nicotine sur son temps libre comme un hobby parce qu’il a un autre métier à côté.

5) Attila Danko
Ce médecin n’était pas forcément là pour ses compétences médicales en tant que telles. Il nous a raconté, de manière, très touchante son histoire personnelle contre le tabagisme et comment il en est sorti. En mettant l’accent sur le story telling de chacun, on renforce l’impact qu’on a sur notre entourage.

6) Pr Marewa Glover
Elle fait de l’analyse des politiques de santé publique, notamment en Nouvelle Zélande où les lois, ses mises en applications et ses changements en étant challengés puis interprétés (parfois de mauvaise manière) ont fait avancer la lutte de la réduction des risques tabagiques contre les spécialistes de la lutte anti-tabagique. La Nouvelle-Zélande vise un taux de tabagisme de 5% en 2025 (ça fait rêver, non ?). Sa curiosité, même pour ce qui se passe en France m’aura vraiment frappé, on a longuement discuté. Une de ses interventions a fait écho à propos de l’humilité nécessaire à avoir en étant un professionnel de la vape. J’ai eu l’immense privilège de dîner à ses côtés.

7) Dr Riccardo Polosa
Grosse pointure dans le milieu de la réduction des risques. Ce qui m’a le plus interpellé, c’est sa grande humilité et la remise en question qu’il a eu par rapport aux échecs passés la consultation médicale par rapport au sevrage tabagique. Il a totalement repensé le logiciel et mis l’accent sur les professionnels de la filière.

8) Pr Linda Bauld
Diplômée en politique de santé publique, c’est aussi la référence de l’effet de la vape chez la femme enceinte. A travers son intervention, j’ai pu y avoir d’énormes chutes du tabagisme chez les jeunes dans les pays développés. En particulier au Royaume-Uni. Ces diapos ont été très marquantes pour moi, en suivant certaines projections, si le tabagisme des jeunes continue à faiblir de cette manière, on peut réellement atteindre en une ou deux générations, une marginalisation complète du tabac fumé dans nos sociétés développées. La fin du tabagisme est à portée de main, à nous de nous y rendre sans encombre.

9) Pr Jacques Le Houezec
Comment ne pas mentionner notre référence nationale ? Je tiens à souligner et à rappeler la chance qu’on a de l’avoir en France. En dehors de ça, c’est peut-être le scientifique du panel le plus proche de la réalité commerciale de la vape. Il intervient directement en vape shops, en a formé des dizaines et des dizaines parce que c’est en point de vente où l’on touche directement les fumeurs. Sa dernière action concerne la mise en place d’une certification nationale reconnue par d’Etat réservée pour les vape shops (uniquement, bien sûr je déplore de ne pouvoir suivre cette formation étant buraliste, mais je salue la professionnalisation du secteur) en association avec la SI2V, le syndicat des vape shops indépendants. C’est une très bonne initiative, le SI2V est un syndicat, elle travaille avant tout pour ses syndiqués.

Nous avons pu dîner à la même table et échanger pendant une bonne partie du repas, le Pr Le Houezec est un homme fascinant au-delà mêmes des considérations scientifiques. Son blog est une référence en la matière et permet aux non-anglophones d’avoir un support 100% français.

10) Pr Ángel González Ureña
Une présentation espagnole très vivante sur la quasi non existante de la vape et du tabac chauffé (!!!).

11) Carmen Escrig
Ca a été la grande organisatrice de ce sommet. Sans elle, il n’y aurait pas eu cette journée sur la réduction des risques tabagiques. Elle est la Coordinatrice Internationale de MOVE (Medical Organization supporting Vaping and Electronic Cigarettes). Elle a aussi un PhD en Biologie Cellulaire et Génétique entre autres, son CV est super long, donc je vous laisse utiliser Google Traduction si vous voulez tout savoir directement sur une de ses biographies en espagnol. Un énorme merci. On espère tous que ce 19 septembre 2018 permettra un vrai redémarrage de la filière de la vape en Espagne. Vamos España !

 

A qui je conseille ces conférences ? Pas forcément à tout le monde même si les spécialistes essaieront au maximum de pouvoir faire comprendre leurs démarches. Parfois ça passe assez mal même quand on est déjà familier avec une grande partie des recherches relatées. Par exemple, sur l’intervention du Pr Miguel de la Guardia qui prend notre souffle (ce qui est inspiré, puis expiré) comme biomarqueur des produits à réduction de risques, il parlait beaucoup des VOC. Honnêtement, à part me dire que c’était un truc pas naturel qu’on expirait, j’ai pas compris grand chose avant que le Dr Farsalinos intervienne et clarifie la situation. Il s’agit de « Volatile Organic Compound » (Composé Organique Volatil) dont pour la plupart sont sans effet sur la santé (« harmless » a été le mot exact utilisé à ce moment là). Connaître déjà un peu les études n’est pas fondamental, ça permet juste de profiter pleinement des conférences parce que vous pouvez directement poser vos questions spécifiques aux chercheurs.
2e restriction, être anglophone. La majorité des conférences sont faites en Anglais et la langue d’échange par défaut et bien entendu l’Anglais également. Pour le reste, lors d’un prochain sommet, j’espère y voir d’autres professionnels français de la filière de la vape.

 

La grande leçon que j’ai pu tirer de cette journée de conférence (10h à 20h avec quelques pauses) : le combat pour la réduction des risques tabagiques n’en est qu’à ses débuts. La tâche est telle déjà, face aux lobbies, face à la presse bait clic, face aux mauvaises recherches, face à la désinformation générale qu’elle doit dépasser tous les clivages. Les combats entre qui doit être légitime ou non dans la réduction des risques tabagiques m’ont paru tellement futiles à côté de ce qui devrait être notre priorité. Chaque fois, c’est un coup de frein supplémentaire dans le développement de la vape en France qui n’en est qu’à ses débuts. Il reste bien, bien, bien plus de fumeurs actuels à convertir à la vape (ou pourquoi pas à d’autres produits de la réduction des risques comme le SNUS si celui-ci arrive en France) que de vapoteurs actuels. Chaque seconde qu’on perd à se tirer dans les pattes, c’est une seconde que l’on n’a pas consacré à la promotion de la réduction des risques tabagiques parce que, ne vous y trompez pas, les opposants anti vape ne s’arrêteront pas de sitôt.

C’est simple, pendant toute ma journée où j’ai été à la conférence, je me suis tout de suite présenté comme un buraliste. Personne, aucune personne n’a trouvé aberrante ma démarche, personne n’a remis en question mon business model. Au contraire, on me demandait ce que je mettais en place dans mon de vente, mes stratégies, etc… Ce clivage buralistes / vape shops est typiquement franco/français. Nous devons en sortir car la tâche s’annonce ardue et cette coupure complètement artificielle maintenue par certains (et je ne pointe pas un « camp » en particulier, les torts sont largement partagés) est néfaste au consommateur final, le fumeur.

Pour ceux qui ont déjà pu me lire ça et là, vous le savez déjà. Je n’ai jamais changé mon discours d’un iota : je ne suis pas anti shops ou anti quoi que ce soit d’autre. J’ai toujours appelé de mes vœux une professionnalisation de la filière, sans distinction.

Durant les prochaines semaines, je vais m’efforcer de diffuser au maximum tout ce que j’ai pu tirer de ce sommet.

 

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Photo malheureusement floue. De gauche à droite en partant de Carmen Escrig (la femme brune en robe blanche accoudée sur la table), Attila Danko, Jacques le Houezec, Konstantinos Farsalinos, Zed le Buraliste (moi, debout), Marewa Glover, Bernd Mayer (on ne voit quasiment pas sa tête) qui discute avec Roberto Sussman.

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Sur la photo, Louise Ross et moi.

 
Zed Le buraliste

Zed Le Buraliste est le gérant de la boutique Vape du Palais situé au 5 boulevard du Palais. Il vous accueille du lundi au vendredi de 7h30 à 20h et les week-ends et jours fériés de 10h à 20h 364 jours an (fermeture le jour de Noël).

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