Doit-on être soucieux de qui permet la réduction des risques ?

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Origine thr
Le marché de la réduction des risques est un marché grandissant. Pendant encore quelques années, le marché va croître de 2 chiffres par an. Pour cette même raison, le nombre d’acteurs économiques croît.

Nous voyons les cigarettiers investirent de plus en plus le marché de la réduction des risques, notamment celui de la vape. Depuis 6 mois déjà, nous avons vu une grosse entrée de Fontem Ventures, filiale d’Imperial Brands/Imperial Tobacco (la Seita en France qui détient des marques telles que Gitanes ou Gauloises) via sa MyBlu conçue en partenariat avec Le Distiller, acteur historique de la vape en France. Ca a pu gêner certains, je l’ai plutôt bien pris connaissant la réputation du Distiller dans le milieu. J’ai même testé certains de leurs liquides dans un précédent article. MyBlu a par contre souffert de problèmes de fuites au même titre que la Bo et la Koddopod. Cela dit, ces deux dernières ont travaillé durant tout l’été pour enrayer le phénomène, vous pouvez voir mon test vidéo de la Bo où je reviens sur ces points.

Pourtant, instinctivement, lorsque je me suis lancé dans la vape, j’ai d’abord éliminé les marques traditionnels de Big Tobacco : Logic de JTI (Camel, Winston, etc…) et Vype de BAT (Lucky Strike, Vogue, etc…). Etant buraliste, les industriels du tabac ont fait parti de mes premiers interlocuteurs. Cependant, très vite, j’ai voulu une transparence dans mes produits pour prendre le contre-pied de l’industrie du tabac connue pour son opacité. Encore en début d’année, un nouveau scandale éclatait autour des filtres à l’efficacité limitée. Hier, je parlais de l’offensive d’Altria aux Etats-Unis contre la vape, et surtout Juul Labs.

Jusque récemment, je ne voulais pas entendre parler de marques de cigarettiers chez moi. Le spectre du mensonge se faisant trop pesant et l’image négative dégagée (à juste tire) par l’industrie du tabac à mon égard mais aussi à l’égard des consommateurs a été un frein suffisant pour ne pas m’y intéresser pendant des mois.

Le 19 septembre dernier, je me rendais à Barcelone pour le Sommet de la Réduction des Risques Tabagiques où je découvrais un certain nombre de travaux réalisés sur le tabac à chauffer. J’avais pu y rencontrer un grand nombre de chercheurs renommés dans la réduction des risques tabagiques notamment le Dr Konstantinos Farsalinos qui a gardé un œil critique sur l’industrie de la vape. Je me rappelle qu’il y critiquait, à ce moment là, la multiplication des appareils à une vitesse affolante sans réel contrôle efficace alors que ce sont des objets avec lesquels on partage une certaine intimité. On inhale les produits.

Lors de la dernière Vapexpo, le Dr Farsalinos émettait une critique quand à l’origine des composés des liquides. J’étais un des seuls à en parler lors de mon retour de la Vapexpo. Depuis la vidéo a été publiée, je vous ai réglé la vidéo au moment de la 2e intervention du Dr Farsalinos sur la sûreté des produits par rapport à sa provenance : cigarettier vs industrie de la vape indépendante. Réponse édifiante.

Dans les commentaires de la vidéo YouTube, je réagissais à nouveau

"J'espère que le discours du Dr Farsalinos (une des plus hautes autorité sur la réduction des risques tabagiques) sera une vraie piqûre de rappel à l'industrie française de la vape. Quand le Dr Farsalinos dit "je ferai largement plus confiance à un liquide venant de Big Tobacco plutôt qu'un liquide venant d'une compagnie de vape indépendante. Malheureusement." Il n'y a que moi que ça choque ?


Nous avons besoin de plus de TRANSPARENCE dans le marché de la vape. Origine des arômes, composition détaillée des liquides, additifs utilisés, présence ou non de sweeteners ! Le liquide est quelque chose avec lequel nous avons un rapport intime, on l'inhale, il serait bon de savoir ce qu'on inhale précisément. Derrière chacun fera ses choix de consommation en connaissance de cause. Il n'est pas anodin de voir l'explosion des applications de "scan" de nourriture pour voir si le produit est plutôt "bon" ou plutôt "mauvais". Les Français veulent savoir ce qu'ils consomment. Répondons à cette demande et prenons le contre pied de l'industrie du tabac qui a été historiquement opaque.


Aujourd'hui, trop souvent, je suis encore confronté à un discours d'opacité quand je pose des questions sur l'origine des arômes.
La vape est un outil de réduction des risques tabagiques majeur. Ca n'est remis en question par personne et à raison. Pour autant, ça ne donne pas le droit de faire n'importe quoi non plus derrière. J'espère que la TPD 2 ira dans ce sens pour standardiser un peu plus les normes et rassurer le grand public afin de proposer plus facilement et plus rapidement la vape au 12-13 millions de fumeurs français.


PS : je suis la dernière personne du public à poser une question concernant le franchissement ou non d'une ligne jaune dans le conseil du sel de nicotine."

La première intervention sur ce sujet du Dr Farsalinos intervient autour de la 10e minute. Il finit cette première séquence par « je ne suis pas là pour rassurer les gens, je suis là pour dire la vérité » lorsque le maître de cérémonie lui demande sur la manière de rassurer les gens suite aux informations qu’il vient de révéler.

Je faisais parti de l’audience à ce moment là et je peux vous assurer que des représentants de gros fabricants français de liquide y étaient également. Aucun n’a relevé les propos du Dr Farsalinos ni pendant, ni après. Silence assourdissant.

A l’occasion du mois de la vape, j’ai créé un flyer informatif en m’inspirant beaucoup de ce qui avait été fait outre Manche dans les Stop Smoking Service d’Angleterre. Un Stop Smoking Service est un centre d’aide au Royaume-Uni où un fumeur peut se rendre et recevoir des conseils gratuitement, bénéficier d’une session d’écoute privilégiée et bénéficier d’aides à la réduction des risques à prix coûtants voire même gratuits en fonction des revenus.

Depuis mon retour de Barcelone, je suis aussi les travaux de la New Nicotine Alliance (NNS), une oeuvre de charité au Royaume-Uni dont le but est d’informer le public sur la réduction des risques tabagiques (RRT). La NNS est composée d’experts internationaux dans la recherche de la RRT et d’analystes des politiques de santé publique tels que Clive Bates, Marewa Glover, Jacques Le Houezec, Louise Ross, Gerry Stimson ou encore Linda Bauld (la liste est bien trop longue pour énumérer tous les grands noms). Dernièrement un article qui s’intitule « it shouldn’t matter who makes safer products » (ça ne devrait pas important qui fait des produits plus sûrs). L’article revient sur une campagne informative pour quitter le tabagisme qui a coûté plus de 2 millions de £, il s’agit d’un supplément 4 pages intitulé « Hold My Light » (tiens mon briquet) dans le Daily Mirror payé entièrement par… Philip Morris. Un site holdmylight.co.uk a été créé pour cette occasion.

Hold My Light Zed Le Buraliste

 

Cela va sans dire que cette campagne a créé des vagues. Le groupe Philip Morris, un des leaders mondiaux de la cigarette, un des plus grands responsables des cigarettes fumées, se positionne comme acteur majeur de la réduction des risques tabagiques ? Avouez que ça fait sourire. La veille encore, je parlais de l’offensive d’Altria sur la vape…

La campagne d’aide à la sortie du tabac de PM outre Manche ne mentionne aucune marque et récapitule les moyens mis à disposition du fumeur pour l’aider à quitter la cigarette. Dans un contexte économique où les produits de Philip Morris sont mineurs, il y a bien plus de chance qu’un fumeur, pour sortir du tabagisme, ira vers un produit de la concurrence (la Juul en tête).

Une des clefs du passage des fumeurs à la vape passe par son information. Tous les vendeurs professionnels de vape doivent répondre quotidiennement aux mêmes interrogations du type « j’ai vu que la vape, c’est pire la cigarette », « la vape, ça donne le cancer », etc… A tel point que quand j’ai des clients qui me disent « j’ai vu que la vape, c’est beaucoup mieux que la cigarette », j’en suis surpris alors qu’il s’agit d’un fait établi depuis un certain temps déjà ! Qui cela surprendrait d’entendre que la Terre n’est pas plate, mais ronde ?

La première et immense barrière est informative. Imaginez pour tous ces clients qui franchissent le pas de notre porte et aborde le sujet de la vape, combien ne le font pas ? Combien continue de penser à ces fausses allégations sur la vape ? Combien sur les 12-14 millions de fumeurs vont rester dans le tabagisme sans savoir qu’il existe des alternatives de réduction de risques innovantes ? C’est en partie pour cette raison que j’ai réalisée ma campagne d’information basée sur la distribution de mes flyers informatifs aux fumeurs qui franchissent le pas de ma porte même s’ils ne me demandent rien sur la vape. A ce jour, j’ai distribué 20 000 flyers via mon point de vente et autres bureaux de tabac participants à l’opération, on est le 4e jour du mois sans tabac.

La NNS va également dans ce sens en parlant de mettre à disposition le plus possible d’alternatives (oui, ça passe aussi par le tabac à chauffer) par rapport à la forme la plus dangereuse de délivrance de la nicotine. Le marché, même en Angleterre qui est souvent pris en exemple, et à juste titre, pour sa faible prévalence de fumeurs (moins de 15%) a encore besoin de changements profonds pour arriver à un avenir sans fumée en 2030. Alors si le Royaume-Uni a su mettre ses idées préconçues de côté pour accueillir le plus d’aide possible d’où qu’elle vienne pour sortir le fumeur du tabagisme, parce qu’il s’agit de ça, que fait-on en France où l’on compte près de 30% de fumeurs dans la population adulte ?

Actuellement en France, les produits de cigarettiers ne sont pas à la hauteur du marché que ça soit au niveau matériel (appareil moins bien designé, moins d’autonomie, moins flexible) ou au niveau liquide (principalement gustativement, on est bien en-deçà de ce qui fait sur le marché). Torturé par ces réflexions depuis plus d’un mois, j’ai décidé de rester plus ouvert à tous les acteurs, oui, en particulier les cigarettiers. S’ils savent répondre à une réelle demande du public et les faire passer à une option bien moins risquée, pourquoi s’y opposer quand l’objectif d’un avenir sans fumée devrait être la priorité de tous bien au-dessus des considérations des uns et des autres ?

Actuellement, nous ne touchons pas assez de personnes, même en prenant tous les réseaux sociaux combinés, on est très loin du compte. Chaque instant passé à ne pas maximiser nos efforts dans la réduction des risques est un instant perdu pour des fumeurs qui resteront un peu plus longtemps dans le tabagisme. Ca doit être une urgence de passer la vitesse supérieure et à redéfinir notre priorité numéro une : informer le fumeur actuel pour lui proposer des alternatives d’un avenir sans fumée. 

Au boulot tout le monde parce qu’il y a du pain sur la planche.
 

Zed Le buraliste

Zed Le Buraliste est le gérant de la boutique Vape du Palais situé au 5 boulevard du Palais. Il vous accueille du lundi au vendredi de 7h30 à 20h et les week-ends et jours fériés de 10h à 20h, 364 jours an (fermeture le jour de Noël).

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