Crazy Rich Asians : Avis de la part d’un Français d’origine chinoise

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Crazy Rich Asians est sorti depuis quelques semaines dans les salles françaises après voir été numéro un au box office américain pendant plus de 3 semaines durant l’été. Alors est-ce la merveille annoncée ?

 

Le film est inspiré du livre « Singapour Millionnaire » écrit par Kevin Kwan (livre que je n’ai pas lu).  Je ne suis pas particulièrement fan des comédies romantiques. J’en déjà bien sûr ai vues, je sais à quoi à m’attendre en général : un film léger où il y a une histoire d’amour. Je n’en sors pas forcément déçu puisque j’en ai eu pour mon argent, ce genre n’a pas la prétention d’être ce qu’il n’est pas. Ici, en court, j’y ai retrouvé ce que je pensais y trouver en termes de scénario et de conclusion. Ca, c’est la version courte, dans la version longue, je vais vous livrer les détails de mon expérience cinématographique et les impressions spécifiques que j’ai pu avoir de part mes origines.

Séance de 22h le vendredi, après le boulot, je viens de rentrer du film et je voulais écrire et coucher mes idées à chaud (au final, l’article final ne sera publié que dimanche) en sachant qu’un certain nombre d’entre elles allaient s’évaporer dans les jours et semaines à venir.

L’histoire en quelques mots : une américaine d’origine chinoise, Rachel Chu (jouée par Constance Wu) accompagne son extrêmement riche petit ami, Nick Young (joué par Henry Golding, son premier long métrage) assister au mariage d’un ami d’enfance, Colin Khoo (Chris Pang) qui se marie avec Aramita Lee (Sonoya Mizuno). Rachel n’a aucune idée que Nick est l’héritier d’une des plus grandes fortunes d’Asie. Beaucoup de choses, dont certaines hilarantes vont tourner autour de la rencontre de ces deux mondes. Pour une fois, une production, en partie américaine, va mettre au centre de l’histoire des protagonistes d’origine asiatique sans que ça soit un film d’art martiaux.

Il y a pas mal de choses qui résonneront d’autant plus avec les personnes d’origine asiatique parce que c’est du vécu, ça ne sera pas forcément perçu par tout le monde parce qu’un certain nombre de détails va échapper à ceux qui n’ont pas une telle familiarité avec le milieu en question.

Le conflit riche/pauvre vs amour dans un contexte asiatique 

Traité de manière classique, le cadre asiatique apporte quelques spécificités dans sa résolution. Les deux tourtereaux essaient tant bien que mal de survivre face à ces différences sociales.

La pression sociale exacerbée de la société asiatique, notamment chinoise, sur le paraître surtout dans les hautes sphères de la société. Ca n’est pas forcément quelque chose que je critique. Beaucoup d’Asiatiques du Sud-Est deviennent de nouveaux riches et on a envie un peu plus de montrer sa richesse quand on arrive à ce nouveau stade, et ce, même par la nouvelle classe moyenne. C’est fondamentalement humain et pour les gens qui voyagent un peu, c’est quelque chose qu’on peut observer au Brésil, en Russie ou en Asie et particulièrement en Chine. La spécificité asiatique tourne autour de la teneur des discours bien plus ouverte à propos d’argent où on aborde le sujet bien plus facilement. Lorsque Rachel est introduite à la famille de Nick, on veut tout de suite savoir d’où elle vient et ce que sa famille a accompli. Plus tard, pendant l’enterrement de vie de garçon de Colin, quand ce dernier est confronté aux problèmes de la rencontre des deux mondes par ses amis, l’ambiance était parfaitement retranscrite, j’y croyais vraiment. Pas seulement dans la teneur des propos qui aurait pu être attribuée (aussi offensants soit-ils) à n’importe quelle autre groupe de riches personnes, mais le ton et la nonchalance donnent tout l’attrait de cette scène.

Comme dans beaucoup de sociétés modernes, la cheffe de famille est souvent la mère, peut-être encore plus dans les familles asiatiques où les Américains parlent facilement de « Tiger Mom » (maman tigre). Dans le film, Eleanor Young (Michelle Yeoh), la mère de Nick dégage immédiatement cet autoritarisme, tout passe par elle même si la grand-mère de Nick, Ah Ma (grand mère en cantonais jouée par Lisa Lu, 91 ans !!!) est la plus respectée de part son âge et de part une culture asiatique où le respect aux anciens est ancré dans la culture jusqu’aux spécificités de langage. Vous entendrez souvent dans le film « tante/tata » ou « oncle/tonton ».

Lorsqu’une personne d’une génération supérieure est votre interlocuteur, vous ne vous adressez pas simplement à elle par « Madame » ou « Monsieur », mais par « Tante » (阿姨, ayi un des titres donnée pour tante, il en existe d’autres en fonction de la « connexion » familiale, sœur de la mère et sœur du père) « Oncle » (叔叔, shushu, un des titres donnés pour oncle, il en existe plusieurs également). Pour quelqu’un que je jugerai de la même génération que moi, je l’appellerai facilement « grand frère » ou « grande sœur », pour les personnes plus âgées, on aura encore d’autres titres.

Si pendant un temps, on pouvait expliquer le rôle de la femme en tant que cheffe de famille parce que le mari était souvent occupée au travail, ça n’est plus forcément le cas aujourd’hui. Pourtant, la femme a su conserver son rôle de cheffe. Les femmes asiatiques en Asie ou en Occident sont actives au même titre que les hommes. C’est quelque chose que j’ai eu le privilège d’observer à travers ma famille et mes amis.

 

Le paradoxe de la double culture : on appartient à aucun monde.

C’est quelque chose qui a du être vécu par toute personne issue d’une double culture. Rachel est issue d’une mère immigrée chinoise qui a grandi aux Etats-Unis. Dans son pays d’adoption, elle se sent comme une américaine de descendance chinoise jusqu’à se définir comme telle dans les premiers instants du film où elle ne comprend pas pourquoi ça se pourrait mal se passer à Singapour. Elle est chinoise, ils sont chinois, tout devrait se passer parfaitement. Pourtant quand elle est à Singapour, elle est traitée d’Américaine et le contraire à New York. Paradoxal, non ? C’est pas faute d’avoir été prévenue par sa mère.

Ce sujet a été au centre du film, ça a été la raison principale de rejet d’Eleanor, pensant que Rachel ne pourrait se s’accommoder d’une vie familiale traditionnelle. Ca a nouveau été souligné lors de la scène où toute la famille prépare des raviolis pour un dîner de répétition. Faire des raviolis est une tradition qui se transmet de parents à enfants (j’y ai échappé cela dit) et ça a été l’occasion de confronter, non pas les deux mondes, mais aussi deux époques. Si effectivement, le modèle traditionnel chinois permettrait une plus grande stabilité dans la famille, au sens large, elle requiert aussi un certain nombre de sacrifices et de devoirs qui incombent à la femme et aux enfants.

Il y a des avantages indéniables que Rachel souligne. Le plus flagrant est ce côté familial, clan où tout le monde se retrouve. Il y a une chaleur humaine alors comparable à nul autre. Dans le même temps, on voit bien plus de femmes autour de la table s’afférer à cette tâche. Astrid soulève sarcastiquement aussi en une seule phrase avec toute la classe qui accompagne le personnage (et l’actrice) : « Ne laissons pas se perdre la tradition ancienne chinoise de culpabiliser nos enfants ».

En Asie, la piété filiale est très importante. Il est souvent acquis que ce seront les enfants qui devront prendre soin de leurs parents. Sur le papier, c’est très bien et c’est même un juste retour des choses. Les parents prennent soin de nous quand nous sommes jeunes et nous renvoyons l’ascenseur quand le temps a fait son oeuvre. Seulement, il y a une perversion dans cette valeur à l’ère moderne où la génération du dessus fait un peu trop appel à ce côté sacré de la piété filiale pour faire avaler un peu beaucoup de choses : approbation du conjoint ou de la conjoint(e), forte influence dans la vie professionnelle et bien sûr prise en charge pendant la retraite surtout que les choses changent avec l’urbanisme grandissant. Les mêmes problèmes démographiques se posent en Asie et en Europe : population vieillissante et le rapport de force entre les populations active et retraitée qui s’amincit demandant une plus grande implication de la population en âge de travailler. En ville, il est normal que les deux parents travaillent, élever un enfant devient coûteux et dans ces conditions, prendre soin des parents n’est pas aussi aisé qu’auparavant dans un contexte où la pression sociale est d’une autre nature avec une retraite qui n’a pas toujours pris en compte l’inflation galopante de la Chine (bulle immobilière, éducation plus coûteuse des enfants, inflation générale).

On peut sentir une partie de ce dirigisme quand Eleanor oppose la vision de ces deux époques et de ces deux mondes en décrivant ironiquement la « chance » que Rachel a de pouvoir poursuivre sa passion : « Votre mère est très ouverte d’esprit, pas comme ici où les parents sont obsédés à l’idée de diriger la vie de leurs enfants ».

La tendance aux coutumes et le besoin d’évolution sont deux vagues qui se sont toujours entrechoquées, la résolution a toujours été une réponse plus ou moins adaptée par période et non une solution millénaire répétée à l’infini, même si à l’échelle humaine, 100 cent, c’est déjà plus d’une vie.

Il ne s’agit pas de dire qu’un modèle de famille ou de vie est meilleur qu’un autre. Chacun fera ses choix en accord avec lui-même, l’important est de les assumer.

 

La place de l’homme dans la société moderne.

L’histoire d’Astrid et de son mari, Michael Teo (Pierre Png) a l’air hors du temps et se déroule de manière complètement indépendante de l’histoire principale. Elle s’inscrit dans une tendance nouvelle où plus souvent que par le passé, la femme est celle qui a le plus gros salaire. Ca remet, en partie, en questions, la position de l’homme dans le couple et la famille. Ca le met en face de ses paradoxes, de ses idées préconçues et de ses insécurités en le plongeant parfois, dans une crise identitaire dont il ne sait comment en sortir par le haut. Bien trop souvent, notre perception de la virilité masculine a été trop liée à celle de l’argent, il est plus que temps que cela change.

Nick, de son côté, subit bien plus les événements qu’il ne les contrôle. Rachel confronte seule sa famille dont elle n’avait même pas été mise en garde par Nick. De loin, les interactions femme / femme ont été plus franches, plus directes, plus profondes et plus intéressantes que celles incluant des hommes. La seule fois où ça aurait pu être intéressant, Nick a été évasif et naïf quand à la réalité des problèmes que soulevait une hypothétique future union entre lui, l’héritier du groupe Young et Rachel, une professeure d’université à New York University (NYU).

 

Ma critique du film

Comme vous l’aurez compris, après cette plutôt longue introduction, on en vient à ce pour quoi vous avez cliqué sur ce lien. Mon avis sur le film Crazy Rich Asians. Cette partie peut contenir des spoilers, donc sautez au dernier paragraphe si vous ne voulez pas vous gâchez le film.

Le film se passe à Singapour, ça m’a tout de suite replongé dans mes souvenirs durant mon séjour là-bas notamment la scène du Food Court où Nick, Rachel, Colin et Araminta dînent au début du film, je sentais les saveurs remonter, surtout qu’à cette époque, je n’étais pas encore vegan (comprendre que je me suis empiffré).
La manière dont la nourriture est montrée, sans non plus en faire des tonnes, comme étant un pan importante de la culture asiatique a été remarquable. On a littéralement faim pendant le film !

C’est une histoire très classique, même l’argent est plutôt secondaire si on plonge au cœur du problème. C’est une comédie romantique dans la lignée de ce que d’autres ont fait avant avec bien sûr sa propre identité et son propre style. En ce sens, non, le film n’est pas transcendant. Par contre, la qualité de réalisation de certaines scènes est à tomber par terre. Le tout est relevé par l’excellent jeu d’acteur des… actrices. Michelle Yeoh dans le rôle de la mère, Awkwafina dans le rôle de l’hilarante amie Peik Lin sans oublier le plus important, le rôle principal du film, Rachel Chu jouée par Constance Wu. Le succès du genre comédie romantique repose tellement sur la représentation du personnage avec lequel on va s’identifier. Rachel Wu est ce rôle, c’est une Madame tout le monde qui plonge de plein pied dans un univers qui nous est inconnu pour la plupart.

Scénaristiquement, le fait que Nick subit, lui aussi cette situation sans apporter une aide nécessaire à sa petite amie, nous permet de tisser un lien un plus fort avec Rachel qui découvre un nouveau monde en même temps que nous. Cette identification qui est clef peut bâtir une carrière comme pour Meg Ryan (Addicted to Love, When Harry Met Sally, You’ve Got Mail, Sleepless in Seattle, City of Angels pour ne citer que les plus célèbres) ou pour d’autres.

J’ai moins aimé l’interprétation d’Henry Golding (c’était effectivement son premier long métrage), je le sentais moins à l’aise, moins naturel, vraiment à l’image du personnage qui a du mal à éclore sauf à la toute fin du film où on commence à découvrir un peu plus qui est Nick Young plutôt que simplement étant l’héritier de la famille la plus fortunée de Singapour.

La présence d’Awkwafina et de sa famille où le père est interprété par Ken Jeong n’a cessé de faire rire toute la salle. On n’avait jamais assez d’elle. A la fois réaliste dans son personnage et suffisamment proche de nous pour que Peik Lin gagne le cœur de tout le monde. Etrangement, c’est par ce personnage déjanté et haut en couleurs où la décence humaine arrive. Au-delà de toutes les étiquettes pouvant être attribuées aux uns et aux autres, c’est elle qui donne les clefs à Rachel vers la milieu du film. Rachel est confrontée à son plus grand défi : gagner l’approbation de la mère de Nick. Blessée dans son amour propre lorsqu’Eleanor lui dit qu’elle ne suffit pas pour Nick, elle ne sait comment répondre à cela. C’est là que Peik Lin intervient et lui dire d’être Rachel, d’être la meilleure Rachel qu’elle puisse être, se présenter sous son meilleur jour et être la meilleure version d’elle-même. Conseil que Rachel n’appliquera complètement qu’à la toute fin du film lors de la scène dantesque de Mah Jong sur laquelle je reviendrai.

La bande son est énorme, elle colle exactement au film, elle apporte les touches asiatiques sans oublier l’influence américaine que la musique ait pu subir, au même titre que les protagonistes ou du reste du monde. Le point d’orgue, probablement a été le mariage où Kina Grannis nous chante Can’t Help Falling in Love. Je ne suis, mais alors, pas du tout romantique, ni de loin, ni de près. Cependant, je dois avouer que la scène du mariage (et j’ai assisté à ma part de mariages plus ou moins mondains, plus ou moins coûteux) est à tomber par terre. C’est une pure réussite cinématographique, j’en suis même devenu émotif à ce moment là. Pourtant, de ce côté là, ma mère me décrit comme ayant un cœur de pierre, c’est vous dire.

Je pense que les scènes émotives m’ont sans doute un peu plus touché que d’habitude parce que j’ai pu m’identifier à certaines situations que j’ai déjà pu vivre. Les discussions autour des valeurs, la pression familiale pour ma situation personnelle (mariage, etc…) ou le respect des anciens (quand Ah Ma, la doyenne rentre en scène, c’est remarquable au premier sens du terme, ça se remarque).

Au début, en voyant la durée du film, un peu plus de 2h, j’ai pu penser que ce serait un poil long pour ce genre cinématographique mais je me trompais. Il a fallu développer un peu plus pour montrer les différents challenges auxquels Rachel a du faire face. Peut-être un poil long pour la vraie première confrontation Eleanor vs Rachel qui intervient un peu après la première moitié.

Lorsque la famille de Nick arrive finalement à décourager Rachel de s’en aller en la noyant dans la honte sur ses origines paternelles (et donc des aventures amoureuses de sa mère) dont elle n’avait même pas idée, sa mère (Kheng Hua Tan) arrive à Singapour pour lui remonter le moral et aller voir une dernière fois Nick. Quand je vous parlais des interactions femme/femme très réussies, celle entre Rachel et sa mère qui l’a élevée seule est très bien retranscrite. Pas beaucoup de scènes ensembles mais le peu de temps d’écran qu’on a avec les deux femmes respire la complicité et un passé commun qui a renforcé les liens mère/fille.

Nick se rend enfin compte de la tâche qui se présente devant lui. Sa famille et son héritage ou Rachel. Sans surprise, il choisit Rachel qui décline son offre de mariage pour ne pas le couper de sa mère. C’est seulement à ce moment là que Nick prend les choses en mains et qu’il décide d’affronter la réalité plutôt que de rester en pilote automatique. A n’en pas douter, il aurait agi de cette manière là dès le début, il aurait pu éviter une grande partie des épreuves que Rachel a du franchir seule (le soucis, c’est qu’il fallait quand même faire un film).

 

La partie de Mah Jong

De loin, ma scène favorite. Avant de repartir à New York, Rachel propose à Eleanor de la voir une dernière fois dans une salle de jeu de Mah Jong, jeu extrêmement prisé par les femmes (je jouais plutôt aux échecs avec mon grand-père, j’ai d’ailleurs toujours une application d’échecs chinois installée sur mon smartphone comme une grande partie de mes oncles). C’est un jeu où comme le décrit Rachel nécessite de la négociation, de la stratégie et de la coopération comme sa mère le lui a enseignée. Le Mah Jong (je maîtrise assez mal les règles de ce jeu) nécessite de faire des groupes de 3 (à 4 ?) tuiles d’un même symbole et/ou d’établir une suite sur 4 (je crois) symboles. Eleanor, compétitrice, tente de gagner la partie tout en apprenant que Rachel a décliné l’offre de mariage de son fils parce qu’elle ne voulait le couper de sa famille. Dès le départ, les dés étaient pipés pour Rachel, il n’y a pas de main gagnante puisqu’Eleanor en avait décidé ainsi. Si Nick doit choisir entre elle ou sa famille, il n’y a plus vraiment de victoire. Eleanor lui explique pourquoi elle pense que Rachel n’est pas assez bonne pour son fils : non pas parce qu’elle ne vient d’une bonne famille, mais parce qu’elle ne pense pas qu’elle a le sens du sacrifice pour être la compagne de Nick et gérer les affaires familiales qui vont en découler. Selon elle, Rachel aurait privilégié sa carrière professionnelle, après tout, c’est la plus jeune du corps professorale de NYU.
Rachel est une experte dans les probabilités des jeux de hasard, la scène d’ouverture du film donne sur un de ses cours où elle donne une leçon de poker à un de ses élèves. Là, elle fait exactement ça, elle tient la tuile gagnante pour elle tout en sachant que c’est aussi la pièce manquante pour Eleanor qui a révélé sa stratégie lorsqu’elle a marqué ses premiers points en assemblant 3 tuiles identiques. Rachel choisit pourtant de se séparer de sa tuile et de laisser gagner Eleanor pour lui montrer qu’elle n’aurait pu gagner son approbation de toutes manières. En lui cédant cette tuile, elle veut lui montrer que la victoire d’Eleanor, au Mah Jong et dans la vie est due au sacrifice de Rachel qui part de la table en révélant son jeu et donc qu’elle avait en fait la main gagnante. Elle quitte la salle en compagnie de sa mère pour montrer la fierté qu’elle a d’avoir été élevée par celle-ci. C’est ce qui déclenche aussi le respect qu’Eleanor aura pour Rachel désormais après qu’elle se soit montrée sous son vrai et meilleur jour : une jeune femme intelligente, accomplie et intègre.

La trame du film est classique, ça n’est pas forcément le genre que je préfère. C’est une comédie romantique, on y passe un bon moment sans révolutionner le genre. Le fait que ça se passe dans un contexte asiatique auquel j’ai pu m’identifier, je rajoute un point. Les discussions familiales où il y avait du mandarin (ou du cantonais que je ne parle pas) ont été très bien présentées. Pas de transition, on passe d’une langue à l’autre comme dans toute famille issue d’une double culture.

Note finale : 6/10.

 

Petite note avant de vous quitter (promis, je fais court). Je trouve fantastique la présence d’acteurs métis, c’est le cas d’Henry Golding (Nick Young) et de Sonoya Mizuno (Araminta, la mariée). Le cast est complètement international : des Anglais, des Américains, des Malais, une Japonaise, des Chinois et j’en n’oublie certaines. Il y en marre de voir des personnes vouloir nous catégoriser, nous mettre dans des cases pour leur propre confort mental : Chinois, Asiatique, Français, Américain, etc… Oui, nous avons la chance de bénéficier d’une double culture, eu aucun cas ça ne nous définit. Nous sommes tout ça en même temps, Chinois, Français ou autre, nous sommes qui nous sommes et nous n’avons aucune excuse à fournir pour cela.

Quelle fierté d’avoir enfin pu voir un film occidental qui met en scène des protagonistes asiatiques autre qu’un film d’art martial. Il est dommage que ce film doive représenter plus que ce qu’il est. Heureusement que les chiffres du box office ont été bons donnant raison aux producteurs qu’il existe un marché pour une représentation asiatique plus large et ô combien importante.

Ca n’est pas un hasard si aujourd’hui un homme asiatique doit gagner 247 000 $ de plus par an en moyenne qu’un homme blanc aux Etats-Unis pour être son égal dans le marché du célibat/mariage.

Un extrait en Anglais qui en parle dans un récent cours donné par le Dr Sam Richards. A tous ceux qui sont anglophones, regardez cet extrait de 7 minutes.

Bon admettons que le marché du célibat/mariage a ses propres règles et que pour des raisons autres, l’homme asiatique soit juste moins attirant. Alors comment expliquer la différence de critères de sélection entre un étudiant d’origine asiatique et un étudiant blanc pour ses admissions dans les universités américaines ? Il y a quelques mois, il y a eu un scandale à Harvard (26% d’étudiants d’origine asiatique) où on discriminait certains élèves, non pas sur la qualité de leur dossier ou leurs performances académiques mais sur leurs origines. Selon les plaintifs, Harvard étudierait le dossier et demanderait de bien meilleurs scores que n’importe quel autre groupe ethnique de la part de de ceux d’origine asiatique. Le Dr Sam Richards pointe également cela du doigt, il parle d’une différence de 140 points de différence aux SATs (test d’admission standard à l’université) quand la moyenne 1060 en faveur d’un étudiant asiatique pour être considéré de la même manière.

Quand on va plus loin et qu’on regarde dans le milieu du travail aux Etats-Unis, on retrouve des disparités de salaires pour un même poste. Si on est d’origine asiatique, on est en moyenne, moins payé.

En NBA, sport que je suis depuis des décennies, je n’ai jamais vu un joueur subir de telles fautes tout en ne qualifiant pas ces fautes de « grave » (flagrant one en NBA, équivalent d’un carton jaune au foot).

Tout cela est lié au manque de représentativité de tout un groupe ethnique dans les médias qui devrait devenir incessamment sous peu la deuxième minorité aux Etats-Unis (je n’ai pas les chiffres français). Je prends beaucoup d’exemples américains parce que c’est là où j’ai les chiffres mais croire que cela n’existe pas dans une moindre mesure chez nous, ce serait enfouir sa tête dans le sable.

Bref, allez vois Crazy Rich Asians au cinéma ! Nous avons besoin de bien plus de films qui mettent cette diversité en avant.

 

Zed Le buraliste

Zed Le Buraliste est le gérant de la boutique Vape du Palais situé au 5 boulevard du Palais. Il vous accueille du lundi au vendredi de 7h30 à 20h et les week-ends et jours fériés de 10h à 20h, 364 jours an (fermeture le jour de Noël).

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